Attila Jozsef, poète du 10 mars 2016

Jeudi 10 mars 2016, par Administrateur

MA MÈRE

Elle prit le bol à deux mains,
un dimanche, au déclin du jour,
en silence elle ébaucha un sourire
et resta assise un peu dans le demi-jour –

En un menu faitout elle ramena
de chez l’Excellence son dîner,
nous nous couchâmes et je songeais ;
ils doivent en manger toute une marmite, eux –

Elle fut ma mère, petite de taille, elle mourut tôt,
car les blanchisseuses meurent plutôt vite,
du coltinage leurs jambes flageolent,
et la tête leur fait mal à cause du repassage –

Car en guise de montagnes, la lessive est là !
Pour tout jeu de nuages reposant :
les vapeurs, et pour changer d’air
la blanchisseuse n’a qu’à regagner les combles –

Je la vois qui s’arrête, le fer à la main
Sa taille fragile, le billot
la brisa, elle en devint pour toujours plus serrée –
pensez-y, prolétaires –

Le blanchissage la tassa un peu,
moi, j’ignorais qu’elle fût jeune femme,
en rêve elle portait un tablier propre,
alors le facteur la saluait –

Attila Jozsef

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