James Sacré

Lundi 8 février 2010, par Mots Passants

Quelques mots de la pensée de James Sacré, à propos de la poésie :
« Quelque chose entre le cœur (son corps, sa mémoire et son désir) et le monde, entre le cœur et les mots. Quelque chose dans les mots : si c’est un battement de la vie ou du dictionnaire, quelqu’un me dira bien. »

Par ailleurs, pour vous donner plus envie encore de le connaître et de le découvrir, nous publions, avec son autorisation, l’introduction à son recueil
« Les Mots longtemps, qu’est-ce que le poème attend ? », paru aux Éditions Tarabuste :

"Il arrive que des poèmes, ou des ensembles de poèmes, attendent longtemps, après qu’un petit livre, qui les a portés vers quelques lecteurs, finit par ne plus être là…peut-être que tout le peu d’exemplaires a été vendu, ou donné, ou peut-être que ça a brûlé dans un incendie, ou qu’on a pilonné les derniers paquets qui restaient (pas beaucoup de place que ça prenait pourtant dans l’entrepôt de stockage), mais bon ! dans le silence qui les a saisis alors, qu’est-ce que ces poèmes pourraient bien attendre ? Si c’est pas moi plutôt qui m’impatiente à la fin de savoir qu’on ne peut plus les trouver nulle part pour les lire ? Parce que ce qu’ils disent, je me fais plaisir en le pensant, ou plus simplement ce qu’ils sont, pourrait peut-être faire lire autrement ce que j’écris maintenant ; ou parce qu’on pourrait les relire en comprenant mieux le geste qu’ils ont été, comme on comprend soudain une obscurité dans le comportement passé d’un ami à la faveur d’une parole qu’il laisse entendre bien plus tard. Oui ça n’est probablement que moi qui attends, et de plus, l’impatience que je manifeste, en proposant ces poèmes pour une réédition, c’est pas forcément pour les presque bonnes raisons que je viens de dire. Ces petits livres qu’on ne trouve plus sur le marché, je sais bien que leur absence n’a pas tant d’importance…mais quelle pensée désespérante ! parce que du coup c’est-y pas pareil pour tout ce que j’écris, y compris là, maintenant ?
Et ma peur d’être déjà en partie disparu, avant de disparaître, moi et mes livres, tout à fait, cette peur mêlée à ma vanité qui persiste,
ne va peut être que bien mettre en vue
Dans un effort pour la conjurer, et pas pour longtemps non plus sans doute, la caricature d’écrivain que je suis, qu’est toujours un peu tout écrivain je suppose, mais dans mon cas c’est plus patent, la preuve en étant cette tendance à m’en réjouir (même si c’est en ressentant, disant cela, un léger malaise). Évidemment que le poème lui n’attend rien. C’est qu’un poème. Je reste seul à imaginer son attente. Et les mots longtemps,
Dans le silence de livres qui n’existent plus Ou dans ceux qui ne sont pas encore parus
Ça n’est que moi longtemps…pas encore vivant et déjà vécu
Je m’en suis mal aperçu
Qu’est-ce que j’attends ?".

et l’un de ses textes, tiré de “Figure 2” :
« Un poème que je viens d’écrire, même si ça a été
en maugréant à cause de son incapacité à te joindre (et quelle insignifiance !),
si le voilà terminé
j’ai grand plaisir en définitive à le reprendre au net sur une page de format
approprié :
Je pense à toi, au livre qui se fait, c’est comme si tout allait guérir. On pressent du bonheur qui se mêlerait
au lyrisme le plus rengaine.
du fleurissement dans l’amour, une musique. Or
ce n’est que de l’encre et du papier ; on va pourtant
s’obstiner malgré le peu de mots, toujours les mêmes :
les mêmes que tout le monde. »

(Paru dans l’anthologie de la poésie française, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard)

En savoir plus sur James Sacré

Nous le recevrons :

le vendredi 12 février à 19 h 30,
librairie Bookshop, 8 rue du bras de fer, à Montpellier
entrée 4 euros, une boisson comprise

Compte tenu de la relative exiguïté du lieux, il est fortement recommandé de réserver au 04 67 66 22 90

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