Souleymane Diamanka « Habitant de nulle part, originaire de partout »

Dimanche 5 septembre 2021, par Mots Passants

Habitant de nulle part originaire de partout - Souleymane DiamankaBordelais d’origine peule, Souleymane Diamanka est l’auteur d’un premier album de slam, intitulé « L’Hiver peul ».
« Habitant de nulle part, originaire de partout » est son troisième ouvrage.
« Sa poésie prêche moralité, apparie avec finesse ses cultures peule et européenne, parce qu’il est fier d’être habitant de nulle part et originaire de partout, dépositaire d’un chant intemporel, d’un appel à l’Amour, à la Tolérance et à la connaissance de l’Autre ».
Cette citation de la quatrième de couverture de son dernier recueil est une annonce exacte des poèmes qui y figurent.
Il est publié aux Éditions Points, dans une collection dirigée par Alain Mabanckou.



LES POÈTES SE CACHENT POUR ÉCRIRE

Les mots sont les vêtements de l’émotion
Et même si nos stylos habillent bien nos phrases
Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

Les poètes se cachent pour écrire
Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous
On a traversé des rivières de boue à la nage
On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

Les poètes se cachent pour écrire
Chacun purge sa pénombre
Dans une solitude silencieuse que certains pourraient craindre
On somme les mots de s’additionner comme des nombres
La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre
j’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre
Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre
Versificateur notoire chaque rime est une cascade
Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

Dans ma vie j’ai écrit plus de textes
que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad
J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme
De chaque conte et de chaque charade
j’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinn
et j’ai répondu « Amiini » quand ma mère m’a dit « Mbaalem he jam »
J’ai couru après les horizons sur chaque page
Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz
Pour ne pas avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

Les poètes se cachent pour écrire
Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous
Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie
C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité
Et tant pis pour celui qui le nie
Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous
Le verbe est une clé indispensable
Dehors on nous demande des mots de passe partout

Les poètes se cachent pour écrire
Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous
On a traversé des rivières de boue à la nage
On a dormi à jeun dans la neige
et on est encore debout.

Souleymane Diamanka

« Amiini » : Amen
« Mbaalem he jam » : Dormons en paix

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