Fariba Hachtroudi « Abysses »

Lundi 30 août 2021, par Mots Passants

« Abysses », c’est le nom du recueil qu’a donné à ses poésies Fariba Hachtroudi, iranienne vivant en France.
Illustré par Anne Cotrel aux Éditions Chèvre-feuille étoilée, cet ensemble de textes salue à la fois la beauté du corps féminin et le mauvais sort qui lui est réservé par des hommes sans scrupules ni morale…
(Pour voir en grand l’illustration d’Anne Cotrel, cliquez sur sa vignette dans le « portfolio » au pied de cet article)



DÉESSE

La peau salée d’oubli
Blottie sous les paupières
Je te rêve ma déesse
Ton corps mon univers
Ta nudité ma foi
Mains insoumises
Flancs de sable
Seins blessés par l’outrage du conquérant
J’égrène du bout des doigts les maux du mâle
Mots de Dieu
Femme déesse
Chevelure à marée haute
Ventre de dune et d’oubli
Dos d’ambre refuge d’amants déserteurs
Refuge d’enfants joueurs
Petits pieds qui divaguent
Regard aux songes d’acier
Agonie des souvenirs
Déesse Femme
Au sexe de glaïeul

Sexe cobalt
chaos d’espoir
Lèvres cigales de colère
Mots de révolte scellés aux dents
Je panse nos corps
Corps drapés d’insomnie
Corps à rebours des lapidées
Nos corps de femme
Ta souffrance
Et ta survie
Corps de Miséricorde
Notre revanche
Femmes

Fariba Hachtroudi

Portfolio

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1 Message

  • Fariba Hachtroudi « Abysses » 11 septembre 2021 16:46, par Nicolas Courbey

    Abysses ! Voilà déjà un titre de recueil de poèmes qui attire l’œil, qui percute...
    On n’a qu’à l’ouvrir, au hasard, à celui qui s’appelle « Déesse »...
    La déesse ? Ou bien la femme telle qu’elle est, dans tout son être, dans un pays — l’Iran — où beaucoup d’hommes n’ont pas compris le Coran, ou bien l’ont détourné « en leur faveur », puisque, dans ce livre, il n’est jamais dit que la femme doit être l’esclave de l’homme, ni qu’elle est un corps sans âme...
    Dans ce poème « Déesse », c’est la beauté pure du corps de la femme qui est invoquée, sa dignité, ainsi que l’érotisme au féminin même, puisqu’il abolit la souillure des hommes...
    Le style de la poètesse est à la fois d’une douceur toute féminine dans laquelle se cache — ni vue ni connue — une subtile révolte envers ses mâles bourreaux, et, par l’invocation à la déesse, le respect envers le corps et le cœur de la femme tels qu’ils sont.

    Nicolas Courbey

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