Edith Södergran « Le pays qui n’est pas »

Samedi 21 août 2021, par Mots Passants

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Photographie d’Edith Södergran, vers 1918

« Une lumière intemporelle exceptionnellement belle, née de la communion panthéiste avec la nature, une symbolique aux résonances infinies : tel est l’art d’une jeune femme très tôt disparue. »
Cette citation est tirée de la 4e de couverture du recueil consacré à cette femme poète, dans la collection Orphée, éditée par les Éditions de la Différence. Cette collection a malheureusement disparu à la mort de son initiateur, Claude Michel Cluny.



LA PRINCESSE

Tous les soirs, la princesse se laissait caresser.
Mais qui caresse ne rassasie que sa propre faim
et son désir à elle était mimosa farouche,
légende ouvrant grand les yeux sur la réalité.
Chaque nouvelle caresse emplissait son cœur voulait davantage.
La princesse connaissait des corps
et elle cherchait des cœurs ;
elle n’avait jamais vu d’autre cœur que le sien.
La princesse était la plus misérable du royaume :
elle avait trop longtemps vécu d’illusions.
Elle savait que son cœur devait d’abord mourir,
être réduit en miettes, car la vérité ronge.
La princesse n’aimait pas les lèvres rouges,
elles étaient étrangères,
la princesse ne connaissait pas les yeux ivres
avec de la glace au fond.
Ils étaient tous enfants de l’hiver,
mais la princesse venait du grand Sud,
elle était sans caprices, sans dureté,
sans voiles et sans ruse.

Edith Södergran

Pour lire d’autres poèmes d’elle, voir notre article antérieur.

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