Michel Butor « La Modification »

Dimanche 13 septembre 2009, par Administrateur

Ce roman est sans doute l’un des plus significatifs du mouvement du « Nouveau Roman » ; Michel Butor y utilise un procédé littéraire tout à fait original pour renforcer encore l’efficacité de son argument. Il nous entraîne ainsi d’une ville à une autre, à la fois avec la rapidité de l’esprit, mais aussi et surtout avec ses méandres et ses allers-retours entre réel et imaginaire. À ne pas manquer de lire.

Un extrait parmi d’autres de ce roman exemplaire :

(...)
Il pleuvait sur Gênes tandis que vous dîniez au wagon-restaurant, et vous regardiez la nombre des gouttes d’eau augmenter de l’autre côté de la vitre ; vous avez passé la frontière vers 1 heure du matin, puis on a éteint la lumière et vous vous êtes endormi confortablement pour ne vous réveiller que vers les cinq heures du matin ; entrouvrant le rideau bleu vers votre droite, vous avez vu, interrompant la nuit encore complète, les lumières d’une gare dont vous avez pu lire le nom comme le train.
(...)

Au-delà de la fenêtre toujours aussi brouillée de pluie, se superposant à la série des pylônes réguliers comme un coup inattendu légèrement plus fort, un signal en damier tourne d’un quart de tour. Une secousse un peu plus violente fait sursauter le couvercle du cendrier sur votre main droite. De l’autre côté du corridor, au-delà de la vitre rayée d’une gerbe de petits fleuves semblables à des trajectoires de très lentes et très hésitantes particules dans une chambre de Wilson, un camion bâché lève d’énormes éclaboussures parmi les flaques jaunes de la route.

Cette fois-ci vous n’aurez pas besoin de retourner à l’Albergo Quirinale, ni de vous presser après le repas puisque vous rentrerez passer la soirée au cinquante-six via Monte della Farina, dans cette chambre que Cécile va bientôt quitter et que vous ne verrez plus qu’une ou deux fois par semaine par conséquent.

Puis quelqu’un demandera d’éteindre la lampe.

À travers la vitre un peu moins brouillée par les gouttes de la pluie qui s’atténue, vous apercevez une voiture semblable à la vôtre, une quinze chevaux noire toute maculée de boue, aux essuie-glaces papillotants, qui s’éloigne bientôt de la voie et disparaît derrière une grange, entre les vignes de l’autre côté du corridor où s’avance maintenant brandissant sa sonnette le garçon du wagon-restaurant. Passe la gare de Fontaines-Mercurey.
(…)

(Publié aux éditions 10/18)

Portrait de Michel Butor, décembre 2002. Photo cédée en domaine public par son auteur. Source : Wikimedia.org

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2 Messages de forum

  • Michel Butor « La Modification » 10 novembre 2009 02:33

    Prenons La modification...

    La question se pose d’un choix qui engage l’existence.Le long voyage en train permet de faire le point et de réaliser l’erreur.Il est temps non de faire marche arrière mais d’aller encore plus loin de l’avant.Ne pas se contenter d’une illusoire cure de jouvence, égoïste et à courte vue,mais d’une transformation profonde du mode de vie,lequel nécessite un ajustement du point de vue,que va permettre justement l’écriture du livre que vous êtes en train de lire.Dans l’intervalle,combien le présent qui cherche à s’accommoder de l’avenir a besoin de se référer au passé,notre modèle et l’une des régions refoulées de nous même...Mais aussi,le leitmotiv de l’œuvre,combien l’imagination universelle se nourrit de la mémoire collective.

    BUTOR en TRANSIT

    LE CHAT MESSAGER......1994

    d’après Bernard TEUTON -Nouailles.

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    • Michel Butor « La Modification » 10 novembre 2009 10:25, par Mots Passants

      Bonjour et merci de votre contribution ; Il serait bon, en revanche, lorsque vous citez un auteur de mettre la citation entre guillemets, pour qu’on ne confonde pas votre point de vue avec celui d’un auteur, qui a droit de regard sur ce qui paraît dans tout document public. Merci d’en tenir compte à l’avenir. Cordialement

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